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Pourquoi nous n’irons plus acheter nos graines chez Kokopelli

jeudi 18 mai 2017

Notre lien à Kokopelli
Nous avons connu le « semencier » Kokopelli en 2010, l’année précédant notre retour en France. Dès que nous nous sommes installés dans les Gorges de l’Aveyron en 2011, nous avons développé un petit jardin permacole sur le terrain de la maison que nous louions. Concernant les semences potagères, nous avons pensé immédiatement à Kokopelli. De ce fait, nous leur avons achetés des graines et leur livre (épais et cher !) sur les semences Kokopelli, qui est une espèce de gros catalogue des semences qu’ils ont réussies à préserver et à remettre dans leur circuit de distribution. A cette période, c’est une véritable caverne d’Ali Baba de la semence potagère qui se déploie devant nos yeux ébahis notamment celles de tomates. Ce qui nous incite à leur acheter plus de graines encore. Première désillusion, bon nombre de graines potagères ne germent pas. Nous avons même quelques surprises car à la place de poivrons pousse...de la moutarde japonaise ! Nous apprendrons un peu plus tard, au marché de Villefranche de Rouergue où nous avions l’habitude d’aller à cette époque, de la bouche d’un maraicher de Nature et Progrès à qui nous racontions nos petites mésaventures, que Kokopepelli ne réalise pas de tests de germination sur leurs graines. Et qu’il est peu étonnant de ce fait d’avoir ces mauvaises surprises. Qu’importe, nous continuons à soutenir leur démarche que nous trouvons engagée et militante et envisageons même un parrainage (que nous ne ferons pas in fine). Nous sommes même ravis d’apprendre que l’association Kokopelli, qu’elle gagne ou perde ses procès, est toujours debout et pratique la désobéissance civile avec le soutien d’une grande partie de l’opinion et la nôtre. En ce qui nous concerne, nous nous installons deux ans plus tard enfin dans notre écohameau et prenons la responsabilité de l’aménagement des espaces vivriers en Permaculture. (sur environ 1Ha) A terme, nous devons produire et fournir des légumes pour 12 familles sur le jardin potager. Nous ne pouvons plus nous permettre l’achat de graines « bio » qui ne nous garantissent pas un taux de germination probant et élevé. Nous choisissons le groupement de petits producteurs de semences biologiques Le Biau Germe. Nous ne serons pas déçus : leur catalogue est magnifique et le taux de germination que nous constatons est proche de 100 %. Nous continuons d’écouler le stock de graines Kokopelli que nous avions encore avec nous. Malheureusement, pas grand chose ne pousse. Notre histoire avec Kokopelli pourrait s’arrêter là en leur souhaitant bon vent dans leurs « actions militantes » pour la préservation des semences anciennes tout en nous laissant quelques regrets de ne pas avoir continué à soutenir financièrement leurs actions en achetant leurs semences trop peu fiables malheureusement.

A la découverte du livre « Nous n’irons plus pointer chez Gaia  », nous passons des regrets à la rage
Puis des regrets, nous sommes passés à la consternation puis à la rage ! il y a quelques jours, à la librairie « Le Tracteur Savant » à Saint Antonin, nous tombons le nez sur un livre (et quel livre !) « Nous n’irons plus pointer chez Gaia ». Ce livre est à la fois une compilation de témoignages issus de plusieurs salarié(e)s (dont la majeure partie sont des femmes) sur leurs conditions de travail au sein de l’association Kokopelli et une révélation qui décrit la gestion toute particulière et singulière des semences « rares et anciennes » que le cartel familial « Guillet » a entrepris depuis des années, gestion kokopélienne qui fait des bonds sans ambages entre raisons et engagements mystico-écolo-libertaires et capitalisme vert déluré et sans complexes tout en négligeant de manière outrageusement éhontée la conservation et la qualité des semences que l’association vend en trompant au passage ses clients.

Le management autoritaire et crapuleux des « Guillet », une tradition de père en fils
Les témoignages des salarié(e)s de Kokopelli sur les méthodes de management de la famille Guillet que le livre révèle, sont accablants, tant envers celles du patriarche fondateur de Kokopelli, Dominique Guillet que celles de son fils au doux prénom d’Ananda (cela veut dire félicité en sanskrit), qui cultivent en même temps sous la forme du « moi je » un citoyennisme mystico-anarcho-écologiste de façade et une véritable posture de petit chef tayloristes et stalinien : harcèlement moral, menaces, chantage, humiliations publiques, dissuasions de toutes propositions salariales, refus des syndicats et de délégués de personnel, épiages et écoutes des conversations de salariés, interdiction de parler pendant les heures de travail, imposition d’une pointeuse, flicage à la tâche (celle de la préparation des colis notamment) pour mesurer la productivité salariale...Toutes ces réjouissances montrent par quel prisme les rapports salariaux sont considérés chez Kokpelli. Elles constituent le pactole coercitif des « règles Gaiennes » édifiées par Xochipelli en personne [1] que lui et sa joyeuse troupe familiale « à la charge karmique positive » [2] appliquent sans vergogne à « cette communauté de travail » [3] qu’est Kokopelli .
La délocalisation (certes hexagonale) est aussi au rendez-vous. A l’automne 2013, Kokopelli déménage d’Alès (Gard) Kokopelli pour le Mas d’Azil (Ariège) et y installe ses nouveaux bureaux en lourdant au passage les 2/3 de ses salariés d’Alès pour absence de mobilité. La direction n’hésite pas à bafouer la réglementation sur les motifs du licenciement économique au nez et à la barbe de ses salariés. Ceux-ci arrivés à un tel niveau d’écœurement, ne donneront pas suite aux irrégularités de la direction et vivront cette séparation brutale comme un soulagement. Dominique Guillet se réclame anarchiste-iberterre (ah le subtil jeu de mot) en lien direct avec Gaïa et le Cosmos. Nous rappelons à ce clown écolo-cosmique que le programme historique de l’anarchisme qui pour sa part avait les pieds sur terre prévoyait entre autres l’abolition du salariat et celle du communisme autoritaire, deux détails avec lesquels le président de Kokopelli ne semble pas s’encombrer. Ils pourraient en effet nuire à la « Cause Kokopelli », fin en soi qui permet à cette famille despotique de justifier les moyens qu’elle met en œuvre pour la servir. « Nous n’irons plus pointer chez Gaïa » la décrit justement comme une « Cause à défendre qui permet de nier les rapports hiérarchiques ». Elle nivellerait ainsi sur « un même plan salariés et patrons qui partageraient les mêmes conditions  ». Tous unis pour une même cause qui joue sur « la dissimulation des antagonismes sociaux » inhérente au « monde du travail qui se trouve ici justifiée par le prétendu intérêt supérieur (celui de la planète évidemment). » Le florilège de bassesses et crapuleries que déploient avec zèle Dominique Guillet et son rejeton envers les salariés de Kokopelli passent ainsi sous couvert d’un sacrifice pour la « Cause Gaienne  » et pour laquelle ils en seraient finalement les élus immanents. Pauvre planète !

Des petits producteurs de semences soumis aux règles de la grande distribution qui révèle un monstrueux pipotage
La crapulerie de la famille Guillet ne s’arrête pas simplement aux rapports salariaux et va bien au-delà. La palme en revient à Dominique G. Les témoignages conjugués des deux anciens responsables de la gestion de stock de semences, d’un des anciens petits producteurs qui fournissait Kokopelli et d’anciens responsables d’associations ayant été parrainées par Kokopelli montrent sous quel angle son fondateur charismatique envisage et pratique la préservation et bien sûr la vente des semences rares et anciennes : pression sur les petits producteurs pour baisser drastiquement les tarifs, prix préférentiels pour certains producteurs, menaces et exclusion sans appel des producteurs récalcitrants, injonctions aux petits producteurs du grand Dominique « jardinier d’exception » qui leur suggère « que tout pousse partout avec de l ‘eau et de l’amour  », stockage anarchique des graines sans respect des règles de base sur la climatisation et le taux d’hygrométrie nécessaires à leur bonne préservation qui garantit une bonne germination. Et cerise sur le gâteau qui constitue ainsi le monstrueux pipotage de Kokopelli, les 2/3 des semences vendus dont le sachet n’indique ni la provenance ni le nom du producteur sont des semences achetées à l’étranger par l’association à des semenciers de l’agro-industrie comme Sativa en Suisse, Suba en Italie ou bien High Mowing Organic Seeds aux Etats-Unis dont une grande partie sont des hybrides F1. Nous sommes loin du compte et de la « Cause » qui fait marner et souffrir des salariés soit-disant pour sauver la planète et les « Jardins de Conservation » et au plus près d’une flagrante duperie orchestrée depuis des années qui explique bien des choses, notamment notre propre constat sur des semences au taux de germination plus qu’aléatoire.

Nous arrêtons ici notre propre chronique sur ce que nous avons retenus du livre et sur le faisceau accablant de faits qui fait tâche sur l’association Kokopelli et ses tristes affidés du confusionnisme mystico-anarcho-écologiste. Nous retiendrons encore une fois que capitalisme vert, souffrance au travail et militantisme de façade font bon ménage dans l’esprit tordu et fallacieux de ceux qui prétendent vouloir changer le monde. Nous vous laissons le soin de vous faire votre propre opinion en lisant le livre ou non. Si les « Grimm » c’est à dire les Garnements rétifs aux injonctions des maîtres minuscules [4] « n’iront plus pointés chez Gaïa », en ce qui nous concerne, nous n’irons plus acheter de graines malfaisantes chez Kokopelli.

Daniel du Jardin des Possibles

Notes

[1Le nom dont s ‘affuble Dominique Guillet, accrochez vous bien pour la « Libération des Neurognostiques Sérotoninergiques de la Biosphère Gaïenne »

[2Laura qui sera embauchée en CDI et en charge de la campagne Semences Sans Frontières sera accusée par Dominique Guillet en personne d’avoir "une charge karmique négative"

[3Novlangue Guilletienne pour désigner le salariat qui marne pour lui

[4Une des appellations que se donnent les témoins et rédacteurs du livre

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